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CLEARRULES · OPINION

Instagram Instants : les réglages habituels ne répondent pas aux nouvelles questions

L’enquête de l’Ofcom sur Instants porte sur l’évaluation des risques avant le lancement. La présence des outils de sécurité habituels est une autre question.

Schéma éditorial : protections existantes et évaluation des changements se rejoignent avant le lancement
Illustration éditoriale, pas une capture de l’application.

Une nouvelle fonction d’Instagram peut très bien reprendre des protections connues et utiles. Ces réglages ne disent pourtant pas, à eux seuls, quels risques peut créer une nouvelle façon de communiquer. La distinction aide à comprendre l’enquête sur Instants ouverte le 6 octobre 2026 par l’Ofcom, le régulateur britannique. Au 22 octobre, elle est toujours en cours : le régulateur examine l’évaluation des risques avant le lancement, il ne déclare pas la fonction dangereuse.[1]

L’enquête concerne l’obligation de réévaluer les risques liés aux contenus illicites et les risques pour les enfants avant une modification importante du service. L’Ofcom n’a pas encore constaté de manquement. Transformer « vérifie si l’entreprise a respecté son obligation » en « l’entreprise a enfreint la loi » arrangerait le titre, pas l’exactitude des faits.[1]

Les protections déjà liées au compte

Dans son annonce de mai, Meta présente Instants comme des photos qui disparaissent pour leur destinataire une fois vues et qui deviennent, dans tous les cas, inaccessibles au bout de 24 heures. La personne qui les envoie choisit ses amis proches ou les personnes qu’elle suit et qui la suivent en retour. La fonction a été annoncée dans Instagram à l’échelle mondiale, avec une application distincte disponible dans certains pays. C’est la présentation du lancement du 13 mai, pas la promesse que tous les comptes disposent aujourd’hui des mêmes possibilités.[2]

Les protections ne partent pas de zéro. Selon Meta, la supervision parentale déjà configurée s’applique automatiquement à Instants, et le temps passé sur ce service compte dans la limite totale fixée pour Instagram. Les fonctions de blocage, de restriction et de signalement restent disponibles. C’est un avantage réel : les familles n’ont pas à reconstituer, dans une application distincte, les réglages qu’elles utilisent déjà.[2]

Reprendre les réglages existants et évaluer une nouvelle fonction sont deux démarches qui répondent à des questions différentes. Dans le premier cas, on sait quelles restrictions continuent de s’appliquer. Dans le second, il faut établir si elles suffisent lorsque la façon de communiquer change. Meta ne prétend pas, dans son annonce, que la reprise des réglages remplace cette évaluation. Le lecteur ne doit pas non plus confondre les deux : la facilité du transfert ne prouve pas que l’ensemble des protections est suffisant.[2]

Disparaître, mais pour qui ?

La même annonce contient un détail révélateur : la personne qui envoie les photos dispose d’une archive privée pouvant les conserver jusqu’à un an, dans laquelle elle peut puiser pour composer un récapitulatif à publier dans les Stories. « Disparaître » décrit donc l’accès du destinataire, pas le sort commun de toutes les copies. Ce n’est pas une faille que l’on vient de découvrir : Meta présente explicitement cette archive. Mais ce détail change ce qu’il faut comprendre avant d’envoyer une photo.[2]

Prenons un exemple hypothétique : un adolescent voit dans une photo éphémère une conversation qui ne laisse rien pour plus tard. Examiner la conception du service demanderait alors davantage que de vérifier la présence d’un bouton de signalement. Comprend-il qui pourra voir la photo, ce que la personne qui l’envoie conservera et ce qui pourra être publié ensuite ? Cet exemple illustre un point à examiner ; il ne décrit ni un préjudice établi ni les conclusions de l’Ofcom.

Un critère simple serait utile : l’évaluation devrait expliquer comment un changement précis dans les usages se rattache à un risque et quelle mesure permet de le réduire. Une liste de fonctions de sécurité ne suffit pas à montrer ce lien. Une protection existante peut tout à fait se révéler adaptée : examiner un changement n’oblige pas à inventer un nouveau bouton à chaque fois.

Une enquête, pas un verdict

L’enquête doit établir si Meta a réalisé l’évaluation supplémentaire nécessaire avant le lancement et si cette évaluation était suffisante. Les documents publics ne permettent pas de conclure qu’aucune évaluation n’a eu lieu, ni que le régulateur demande la fermeture d’Instants. Il reste à attendre les conclusions de son examen.[1]

Pour ClearRules, une modification importante doit être évaluée selon les usages qu’elle change, même si les réglages habituels continuent de fonctionner. Conserver les protections utiles et réexaminer les risques sont deux démarches parfaitement compatibles.